Nas
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Nas
NASIR JONES

Biographie
Né Nasir Jones, Nas est le fils du jazzman Olu Dara. Il abandonne l'école en huitième année pour traîner dans les rues de Queensbridge, un quartier défavorisé de New York. Malgré son statut de décrocheur, Nas mange de la littérature et ses vers en sont grandement affectés. À l'opposé, il passe ses temps libres dans la rue et flirte avec le danger, ce qui s'entend aussi dans ses textes.
Son mélange de rhétorique bien apprêtée et d'imagerie de la rue émerge pour la première fois en 1991 quand il fait la rencontre de Main Source. Il livre un couplet incendiaire sur la chanson "Live at the Barbeque", ce qui lui vaut le respect instantané au sein de la communauté hip-hop de la côte est. Peu de temps après, MC Serch de 3rd Bass lui propose de contribuer une pièce à la bande originale du film "Zebrahead". Nas lui fournit "Halftime" et la chanson surprend tellement Serch qu'il en fait la pièce principale de la bande originale.
À la même époque, Nas signe un premier contrat avec Columbia Records et plusieurs réalisateurs de renom manifestent l'intention de travailler en sa compagnie. Il entre finalement en studio avec DJ Premier, Large Professor et Peter Rock pour préparer "Illmatic". Lors de la sortie, en 1994, le disque doit affronter des attentes très élevées et Nas ne déçoit pas, livrant un album convaincant qui se vend bien en plus de fournir plusieurs hits.
Les attentes sont les mêmes, deux ans plus tard, quand « It Was Written » sort. Nas opte pour une approche complètement différente de celle adoptée pour "Illmatic". Si "Illmatic" se concentrait sur le hip-hop pur et dur, "It Was Written" fait plus de concessions pop, ce qui permet au rappeur de rejoindre un auditoire plus large. Cette manœuvre affecte cependant sa crédibilité et les deux albums qui suivent, "I Am" (1999) et "Nastradamus" (aussi en 1999) poussent le bouchon encore plus loin en matière de pop.
Malgré tout, Nas règne en roi et maître de la communauté hip-hop new-yorkaise avec quelques-uns de ses contemporains. En plus d'enchaîner les hits à un rythme ahurissant, Nas tente sa chance au cinéma dans le film "Belly" réalisé par Hype Williams et dans lequel il joue avec DMX. Sur le plan musical, il met sur pied un super groupe rap nommé the Firm et composé de Foxy Brown, AZ et Nature en plus des réalisateurs Dr. Dre et the Trackmasters. Il forme également une coalition de rappeurs de Queensbridge qui lance la compilation "QB Finest". Malgré toute cette publicité, les critiques commencent à se faire plus nombreuses. Pour chaque fan qu'il gagne grâce à MTV, il perd de l'appui dans son milieu original, la rue où on l'accuse d'avoir laissé ses idéaux de côté en faveur du succès. Les ventes de ses disques reflètent cette tendance alors que chaque album qui suit vend moins que le précédent malgré les hits qui continuent de meubler ses opus.
L'année 2001 est éprouvante pour le rappeur qui passe à travers une série d'épreuves déterminantes pour la suite des choses. Il voit d'abord sa mère être atteinte d'un cancer et est par la suite trahi par sa compagne. Pour ajouter l'insulte à l'injure, son rival de toujours, Jay-Z, lui lance une flèche empoisonnée dans la chanson "Takeover" où il l'accuse de ne pas avoir fait un bon album depuis son premier. Nas décide de répondre par la bouche de ses canons avec "Stillmatic" qui paraît à la fin de 2001 et qui se veut une référence directe à son premier album, celui que d'aucun considère comme son chef-d'œuvre. Il profite de l'occasion pour écorcher Jay-Z au passage. Nas commence à se rebâtir une réputation chez ses fans de la première heure et continue son retour vers le sommet en participant à plusieurs collaborations avec des artistes de renom dont Brandy, Jennifer Lopez et Ja Rule.
Avec le temps, Nas réussit à rétablir sa crédibilité et à revenir au sommet de la scène new-yorkaise. "Stillmatic" est très bien accueilli, autant par les fans que par les critiques et se vend si bien que Columbia profite de la manne en lançant deux albums de matériel inédit en 2002. Puis, à la fin de l'année, l'étiquette lance à la hâte "God's Son", le plus récent opus de Nas. Cette manœuvre n'a pour seul objectif que de combattre le piratage. Nas confirme son retour avec des ventes considérables et quelques hits. Ensuite il fit quelques bons featurings, notamment sur les derniers albums de Korn "Take A Look In The Mirror" et de Kelis "Tasty". En 2004 paraît son nouvel album "Street's Disciple"...
Discographie
Illmatic - 29 Mars 1994
It Was Written - 2 Juillet 1996
I Am... - 6 Avril 1999
The Firm - 27 Octobre 1997
Nastradamus - 23 Novembre 1999
Stillmatic - 18 Décembre 2001
From Illmatic To Stillmatic : The Remixes - 2 Juillet 2002
The Lost Tapes - 24 Septembre 2002
God's Son - 17 Décembre 2002
Illmatic : 10 Year Anniversary Platinum Series - 30 Mars 2004
Street's Disciple - 30 Novembre 2004
Street's Disciple II : Fourteen Songs - 15 Mars 2005
Filmographie
Belly - 1998 - Actor : Sincere / Screen Story
The Source: 1999 Hip-Hop Music Awards - 1999 - Actor
East Coast Mix, Vol. 1: Another Reason to Rhyme - 2000 - Actor
Ticker - 2001 - Actor
Hip-Hop VIP's - 2002 - Actor
Nas : Made You Look - God's Son Live - 2003 - Actor
Nas : Video Anthology, Vol. 1 - 2004 - Actor
Miracle's Boys - 2005 - Songwriter / Musical Performer
Site Officiel
http://www.iamnas.com/

Dernière édition par le Mer 24 Mai - 18:53, édité 3 fois

Re: Nas
ILLMATIC

Artiste : Nas
Date de sortie : 29 Mars 1994
Label : Columbia
Tracklist :
01. The Genesis
02. N. Y. State Of Mind
03. Life's A Bitch
04. The World Is Yours
05. Halftime
06. Memory Lane (Sittin' In Da Park)
07. One Love
08. One Time 4 Your Mind
09. Represent
10. It Ain't Hard To Tell
Critique :
Classique. A force d'être utilisé à tort et à travers et d'encenser la plupart des galettes réussissant à entrevoir la lumière des bacs à disques, ce terme est désormais galvaudé à souhait. Alors à l'heure où les apparences, le strass (et paillettes, bien entendu) les rotations sur les radios FM et chaînes câblées et le poids des opérations marketing déterminent la qualité intrinsèque d'un album, il est grand temps de se replonger au cœur de cette musique et de ses vraies références. ''Illmatic'', premier long format de Nas, fait sans aucun doute partie de ses albums qui définissent l'essence de cette musique. Une richesse culturelle, un caractère authentique et une apparente simplicité musicale. Oui, ''Illmatic'' constitue, en tout cas à mes yeux un album intemporel et inoxydable, toujours prompt à déclencher chez l'auditeur un éternel rictus de satisfaction. Classique.
1994. Si l'hégémonie New-Yorkaise en matière de rap est déjà complètement révolue, la grosse pomme regorge toujours d'inspiration et de créativité. Eric B & Rakim, Biz Markie, Big Daddy Kane, KRS-One et autres Kool G Rap (la liste est, bien entendu, non-exhaustive) bénéficient alors d'une reconnaissance et d'une renommée enviée par la nouvelle génération de rappeurs. La relève est belle et bien présente, avec notamment le collectif du Wu-Tang Clan, Jeru the Damaja, Havoc et Prodigy de Mobb Deep, Cormega et Nas. Tous cultivent cette même volonté de s'inscrire dans cette prestigieuse lignée. Fasciné par ces légendes nées sur le bitume New-Yorkais, Nas revendique ces influences et modèles hérités de son adolescence. Il inscrit ainsi son œuvre dans le temps, citant le BDP et MC Shan sur 'Represent', "Before the BDP conflict with MC Shan, around the time when Shante dissed the Real Roxxane, I used to wake up every morning see my crew on the block…" tout en portant un regard songeur sur ces années passées sur 'N.Y state of mind' "I lay puzzle as I backtrack to earlier times, nothing's equivalent to the New York state of mind".
"Smooth criminal on beat breaks" ('N.Y state of mind'). Nas se considère avant tout comme un petit malfrat (''Nasty Nas'') et non comme un gangster ou un mafieux (ce qu'il mettra en avant dès son prochain album, ''It was written'', en se renommant à l'occasion ''Nas Escobar''). Il dresse sur ce fameux morceau, perle parmi les perles, un portait sombre, presque apocalyptique de New York, d'où transparaît tout de même une forme d'espoir. Au contraire de nombreux rappeurs, partisans d'une vision extrêmement manichéenne du monde, Nas glisse souvent une pointe d'optimisme dans ses morceaux. 'The World is yours' illustre tout à fait cette volonté. Plus récemment, 'I can' le fera tout autant.
Dévoilant une capacité à la narration dans la lignée d'un Kool G Rap, le natif de Long Island réussit à retranscrire brillamment la pression incessante et étouffante des quartiers bétonnés de Queensbridge. Aidé en cela par une production magistrale d'un DJ Premier alors en pleine effervescence (''Hard to earn'' et ''The run rises in the east'' sont sortis la même année), le fils du polyvalent et prolifique jazzman Olu Dara impose un débit incessant et une série de rimes percutantes et imagées nous laissant le souffle coupé. On retiendra parmi cette avalanche sonore, cette dernière, passée depuis à la postérité "I got so many rhymes I don't think I'm too sane, life is parallel to hell but I must maintain" ou encore celle-ci : "It drops deep as it does in my breath, I never sleep, cause sleep is the cousin of death, beyond the walls of intelligence, life is defined, I think of crime when I'm in a New York state of mind".
L'autoproclamé "king of poetry" sur 'Half time', s'affirme tout au long de cet LP comme un lyriciste hors-pair. Ses écrits, riches en images et punchlines incisives, sont avant tout centrés autour d'un quotidien morose, régi par la pauvreté et la criminalité. Passé et présent sont tristement liés comme expliqué sur 'Memory Lane' ou 'One Love', évoquant l'incarcération de son pote Cormega. Bien ancré dans cette réalité pesante, Nas s'inspire de ce quotidien pour y développer récits et égotrips parfois extrêmement imagés. Son imagination, fertile, atteint parfois des sommets comme sur l'excellent 'It ain't hard to tell' "Hit the earth like a comet invasion, Nas is like the Afrocentric Asian, half-man half-amazing, 'cause in my physical, I can express through song, delete stress like Motrin then extend strong". Ce dernier titre s'achève sur une nouvelle rime marquante, reflet d'un album particulièrement riche en terme d'écriture. "My poetry's deep I never fail, Nas' raps should be locked in a cell."
"'cause I am an ace when I face the bass" ('Halftime'). Mais ces écrits, aussi inspirés soient-ils, n'atteindraient pas de tels sommets s'ils n'étaient déclamés avec une telle aisance. Nasir Jones s'adapte aux différents rythmes déclinés tout au long de cet LP, en conservant le même éclat, tout en se jouant des temps de respiration. Ses différentes émotions transparaissent au sein de ces dix morceaux, accrochant d'autant plus l'attention de ses auditeurs. Enfin, il est soutenu par un panel de producteurs de choix, particulièrement inspirés à cette occasion. DJ Premier, Pete Rock, Q-Tip et bien entendu Large Professor, producteur de Main Source et donc de 'Live at the barbeque', un titre en forme de rampe de lancement pour le jeune Nasty Nas. Grandement inspiré par la Soul et le Jazz, ''Illmatic'' n'est aucunement monocorde. Il est composé de différentes ambiances, pièces d'une seule et même mosaïque. Les boucles de piano côtoient ainsi les cuivres dans le relatif minimalisme d'une architecture solide et musicalement cohérente. Et si ''Illmatic'' peut sembler (trop) court, il révèle progressivement une densité et une richesse rare.
L'accumulation de superlatifs ne saurait refléter la grandeur d'un album annonçant la renaissance du rap New-Yorkais et la naissance d'un grand MC. Nas place la barre très haut. Si haut qu'il ne réussira jamais à dépasser ou même égaler l'excellence de cette première sortie. Classique.
Dernière édition par le Mer 24 Mai - 18:54, édité 2 fois

Re: Nas
IT WAS WRITTEN

Artiste : Nas
Date de sortie : 2 Juillet 1996
Label : Columbia
Tracklist :
01. Album Intro
02. The Message
03. Street Dreams
04. I Gave You Power
05. Watch Dem Niggas
06. Take It In Blood
07. Nas Is Coming
08. Affirmative Action
09. The Set Up
10. Black Girl Lost
11. Suspect
12. Shootouts
13. Live Nigga Rap
14. If Ruled The World (Imagine That)
15. Silent Murder
Critique :
Prononcez le nom de Nas devant n'importe quel fan de rap new-yorkais, le résultat sera le même dans neuf cas sur dix. Un sourire, des yeux qui brillent, un "putain !" prononcé dans un soupir. Faîtes écouter 'New York State of Mind', 'Memory Lane', 'Represent' ou encore 'It ain't hard to tell' à n'importe quelle personne dont les oreilles fonctionnent à peu près correctement et à nouveau vous aurez droit à la même réaction, suivie de hochements de tête approbateurs. "I rap for listeners, blunt heads, fly ladies and prisoners, Hennessey holders and old school niggas…".
En dix titres le jeune Nasir Jones, âgé de seulement vingt ans, marquait l'histoire du hip-hop. C'était en 1994. Deux années plus tard sortait "It was written", son deuxième album.
Le petit garçon joufflu de la pochette de "Illmatic" a laissé la place à un jeune homme impassible. Mais le fond reste le même : toujours les bâtiments en briques rouges des projects de Queensbridge (New York) et leur lot de galères, de petits gangsters et de gros dealers, de mômes paumés et de jeunes pousses avides de connaissance et de sagesse. Et toujours autant d’histoires, contées avec brio par un Nas adepte des fresques urbaines.
Parler de "It was written", c'est inévitablement parler de la déception qu’il déclencha chez tous les amoureux de "Illmatic". Nas avait changé. Il n’était plus ce gamin attachant, ce Nasty Nas, petite frappe assumée ne cherchant pas à jouer au gros trafiquant et se revendiquant même "young city bandit". Il semblait sur le point d'accomplir sa mue pour devenir le Nas Escobar qui éclaterait au grand jour sur le projet "The Firm". Non seulement au niveau de certains textes mais aussi musicalement. Le son brut et rugueux de"Illmatic"s’adoucissait sur "It was written", parfois trop léché, trop sophistiqué, comme sur 'Watch dem niggas', 'Nas is coming' ou 'Black Girl Lost', également détruit par un refrain catastrophique. Sur l'équipe de producteurs responsables du premier album, seul DJ Premier était rappelé, pour un titre. Plus de Pete Rock, ni de Q-Tip. Encore moins de Large Professor. Mais un nom présent en tant que producteurs exécutifs : les Trackmasters, se chargeant presque de la moitié des productions du disque et alternant le meilleur ('The Message', 'Affirmative Action', 'Shootouts') comme le pire ('Street Dreams', clin d'œil aussi énorme qu’inutile au 'Sweet Dreams' de Eurythmics, 'Watch dem niggas').
Havoc de Mobb Deep dont les instrus minimalistes et froides avaient le vent en poupe depuis le magnifique "The Infamous" de 1995 signait deux beats rugueux, le craquement du vinyl en toile de fond. Le groupe se retrouvait au complet pour un 'Live Nigga Rap' sombre à souhait avec son beat sec et son petit sample de piano en retrait. Enfin, toujours au rayon des têtes d’affiches, Dr Dre y allait aussi de sa petite contribution musicale, ne convenant malheureusement pas au style d’un Nas décidément plus à l'aise sur les instrus simples que sur les morceaux mièvres et surchargés.
Mais parler de "It was written" c’est aussi parler de véritables chef-d’œuvres rapologiques qui mériteraient presque qu’on leur réserve une chronique à chacun. C’est d'abord un 'Affirmative Action' tout simplement magique. Quatre rappeurs dans une forme olympique se passent le relai pendant environ quatre minutes. Et quels rappeurs ! AZ, Cormega, Nas et Foxy Brown. Rien que ça. Difficile pourtant de ne pas être amer à l’écoute de ce titre, qui laissait augurer du meilleur quant au projet "The Firm". Mais le remplacement de Cormega par Nature (un remplacement d’autant plus douloureux que Cormega enterre la carrière entière de Nature rien qu’en lâchant un "Yo !" ou un "Real Shit !") et des productions inégales eurent raison de la réussite musicale de ce super-groupe.
"It was written", c’est encore 'The Message' et le rap impeccable de Nas sur quelques accords de guitare, rap auquel Akhenaton fera un clin d'œil dans ce qui restera sans doute son meilleur morceau, 'Pousse au milieu des cactus ma rancœur' (le "et tes propres frères deviennent étrangers, c’est comme ça" rappelant étrangement le "and best friends become strangers, word up" de Nas). Autre excellent titre, 'I gave you power', produit par DJ Premier, dans lequel Nas se met dans la peau d’un flingue et raconte ce que pense et voit celui-ci ("I've seen some cold nights and bloody days..."). Un morceau tout simplement magistral. Enfin, impossible de ne pas mentionner le terrible 'Take it in blood', produit par le Live Squad, et qui apporte une fois de plus la preuve que Nas n'est jamais aussi bon que lorsqu'il fait simple.
D'autres très bons titres parsèment cet album, comme 'Shootouts' ou le tubesque 'If I ruled the world' en compagnie de Lauryn Hill, qui portera cet album haut dans les charts, mais aucun n'atteint la qualité de ceux précédemment cités. Les grandes déceptions proviennent donc essentiellement des titres orientés dancefloor ou low-tempo mièvre et sans relief.
Force est de constater que dix ans plus tard cet album s’écoute encore sans mal, et même avec un réel plaisir. Une certaine nostalgie n'est bien sûr pas étrangère à ce sentiment mais, malgré les maladresses et incompréhensions qui poursuivront Nas sur toute sa carrière (le tiraillement entre le succès commercial et la volonté de satisfaire la rue et les hip-hop headz attendant un nouveau "Illmatic" à chaque sortie) et que l'on trouve déjà en germe sur "It was written", ce disque tient indéniablement la route. On lui reprochera d’être trop hétérogène et inégal, mais les quelques excellents titres qui le composent justifient à eux seuls que l’on se penche à nouveau sur cet album et qu’il ne se contente pas de prendre la poussière aux côtés d’un "Illmatic" sans cesse réécouté.

Re: Nas
I AM

Artiste : Nas
Date de sortie : 6 Avril 1999
Label : Columbia
Tracklist :
01. Album Intro
02. N. Y. State Of Mind (Part II)
03. Hate Me Now
04. Small World
05. Favor For A Favor
06. We Will Survive
07. Ghetto Prisoners
08. You Won't See Me Tonight
09. I Want To Talk To You
10. Dr. Knockboot
11. Life Is What You Make It
12. Big Things
13. Nas Is Like
14. K-I-SS-I-N-G
15. Money Is My Bitch
16. Undying Love
Critique :

Re: Nas
THE FIRM

Artiste : The Firm : Nas, AZ, Foxy Brown & Nature
Date de sortie : 27 Octobre 1997
Label : Columbia
Tracklist :
01. Intro
02. Firm Fiasco
03. Phone Tap (Intro)
04. Phone Tap
05. Executive Decision
06. Firm Family
07. Firm All Stars
08. Fuck Somebody Else (Intro)
09. Fuck Somebody Else
10. Hardcore
11. Untouchable
12. Five Minutes To Flush (Intro)
13. Five Minutes To Flush
14. Desperados (Intro)
15. Desperados
16. Firm Biz
17. I'm Leaving
18. Throw Your Guns
Critique :
NAS, vingt-trois ans seulement. Un nom déjà. Un héros de la rime percutante. Après deux albums (« Illimatic », 1994 ; « It was written », 1996), celui que l’on surnommait le « nasty Nas » se proclame parrain de la scène rap et, désormais, se fait appeler Nas Escobar. Pour cela, il a choisi son clan et l’énonce clairement dans un tout récent album, « The Firm », commis avec le copain Az, le nouveau venu Nature et la lionne black de Brooklyn, Foxy Brown (à peine dix-huit ans, sexy girl qui répond aux machistes sur leur propre terrain, en les allumant de « lyrics » aussi incendiaires que sa croupe). Il en est qui, prenant au mot les textes des rapeurs, crient au scandale. Les mêmes regardent des séries américaines, où les flics se font trouer le costard. Mais l’honneur est sauf, parce que les bons, les Blancs, les gardiens de l’ordre dominant, finissent toujours par gagner. La rime rapologique puise dans la réalité quotidienne pour inventer des scénarios dans lesquels explosent simultanément l’imaginaire créatif et la colère d’une jeunesse méprisée, piétinée par l’ogre capitaliste.
La forme de « The Firm » met cet aspect en évidence. L’album se déroule à la manière d’un film, intégrant des bruits de la vie quotidienne des ghettos : ici, une chaude scène amoureuse ; là, des coups de feu. Avec une musique qui joue sur le suspense et le contraste. Prenante est l’opposition (ou la succession) des atmosphères douces, lancinantes, lumineuses ou, au contraire, sombres, martelantes, tranchantes. Des boucles de guitares apportent un baume de tendresse sur le verbe en haute tension (« Phone Tap »). Plus loin, c’est la plainte mélancolique d’un violon qui distille une douceur hypnotique (« Executive Decision »). On est content de voir que les Américains discernent les joyaux qui scintillent en France (et auxquels le showbiz, trop occupé à vendre des décibels, accorde peu d’attention). Ainsi ont-ils samplé, dans « Desparados », un fragment de « Dune », signé du grand compositeur sénégalais résidant en France, Wasis Diop (frère du cinéaste Djibril Diop). Le célèbre producteur et rapeur californien Dr Dre accueille la clique de Nas sur son label (Aftermath). Il a posé sa patte sur la production, remarquable. Si Nas et ses compères s’inspirent de l’imagerie du gangster, façon Al Capone moderne, c’est pour faire la nique au système et se réapproprier des bribes d’espoirs. Dans « Firm Biz », il rappelle : « Souvenez-vous, je vous avais prévenus, le monde nous appartient. » Il vient « d’un sale quartier », Queensbridge, ghetto dont on sort par le deal de la came, le sport ou le hip hop. « Mon pote Will est mort, il écrivait pour moi, confie Nas. Tous mes potes sont en taule, mon frère aussi. » C’est par les persiennes de la mort que notre jeune reporter de la rue apprend la vie...

Re: Nas
NASTRADAMUS

Artiste : Nas
Date de sortie : 23 Novembre 1999
Label : Columbia
Tracklist :
01. The Prediction
02. Life We Chose
03. Nastradamus
04. Some Of Us Have Angels
05. Project Windows
06. Come Get Me
07. Shoot 'Em Up
08. Last Words
09. Family
10. God Love Us
11. Quiet Niggas
12. Big Girl
13. New World
14. You Owe Me
15. The Outcome
Critique :
Dernière édition par le Mer 24 Mai - 19:04, édité 1 fois

Re: Nas
STILLMATIC

Artiste : Nas
Date de sortie : 18 Décembre 2001
Label : Columbia
Tracklist :
01. Stillmatic (The Intro)
02. Ether
03. Got Ur Self A Gun
04. Smokin'
05. You're Da Man
06. Rewind
07. One Mic
08. 2nd Childhood
09. Destroy & Rebuild
10. The Flyest (Feat. AZ)
11. Braveheat Party (Feat. Mary J. Blige)
12. Rule (Feat. Amerie)
13. My Country
14. What Goes Around
15. Every Ghetto
16. No Idea's Original
17. Everybody's Crazy
Critique :
La barre était très haute. Trop. En 1994, avec "Illmatic", un jeune MC du Queens arrive dans le rap comme le Messie. Accompagné par une dream team de production (Pete Rock, Large Professor, DJ Premier), Nasir Jones, dit Nas, révolutionne l’Histoire du rap en dix titres. Incarnant la vie du ghetto en mêlant de façon limpide technique et sens, il influencera par la même toute une génération de rappeurs. Sept ans après, ce premier opus symbolise pour beaucoup d’auditeurs un temps révolu. Deux ans plus tard, "It was written" sortait en grande pompe. Un album réussi, succès mondial, et déjà, les premières grimaces sur le visage des apôtres d’"Illmatic". Puis vinrent "I am…" et "Nastradamus", sortis coup sur coup. Deux albums que le public adore haïr, la faute à plusieurs collaborations hasardeuses, des thématiques limites, et des choix de productions déroutants, qu’une bombe comme ‘Nas is like’ ne suffirait pas à faire pardonner. Renié par ses fans de la première heure, attaqué par ses pairs, Nas s’approche alors dangereusement du cimetière des talents gâchés. Bref, on a tout reproché à Nasty Nas, on a point du doigt ses contradictions, ses dérives, ses fantasmes d’une vie de rue dont il n’aurait été que le témoin. On s’offusque de le voir collaborer avec Puff Daddy et d’endosser le costume de Nas Escobar, en oubliant qu’il avait pourtant annoncé la couleur dès New York State of Mind : "Be havin dreams that I'ma gangster -drinkin Moets, holdin Tecs Makin sure the cash came correct".
Dans un contexte pareil, comment juger son nouvel album, "Stillmatic" ? Les intentions du titre sont bien trop surlignées pour faire longtemps illusion chez les nostalgiques de son premier effort solo. D’une part, Nas ne peut plus humainement faire un album du calibre de "Illmatic". Il le dit lui-même : "Toute ma vie de 0 à 20 ans était dans Illmatic". Il prévient donc dès l’intro, sur les violons enjoués des Hangmen 3 : "They thought I'd make another "Illmatic", but it's always forward I'm movin', never backwards stupid here's another classic". D’autre part, le rap a bien changé en sept ans : Nas est aujourd’hui un rappeur plein aux as comme tant d’autres, et les poids lourds de la production préfèrent souvent le keyboard aux samples. Rien que pour ça, une bonne partie des fans de "Illmatic" enterreront cet album après une écoute. D’autres y prêteront attention seulement pour connaître le résultat du troisième match de la série de playoffs qui oppose Nas à Jay-Z. Tant pis pour eux, car "Stillmatic" s’impose finalement comme une très bonne surprise.
Concernant la suite de son beef avec Sean Carter, la réponse est donnée très vite, et rassure en partie sur l’état de forme de Nasty Nas. Comme dans "The Blueprint", c’est dès la plage 2 qu’arrive THE answer. Jay-Z avait fait très mal avec 'Takeover', et rares étaient ceux qui croyaient Nas capable de se relever d’une telle claque. Et pourtant… Dans 'Ether', Nas a la force de Rocky Balboa qui démonte Apollo Creed. Surpuissant : "My child, I've watched you grow up to be famous, and now I smile like a proud dad, watchin his only son that made it, you seem to be only concerned with dissin women, were you abused as a child, scared to smile, they called you ugly ?". Aïe. Utilisant l’ironie, la critique lucide ou le trash-talking pur et simple ("Foxy got you hot 'cause you kept your face in her puss, what you think, you gettin girls now 'cause of your looks?"), Nas prend une revanche éclatante sur son "adversaire". On peut penser ce que l’on veut sur la finalité de ce beef, toujours est-t-il qu’il agit comme un catalyseur pour les deux artistes. Car comme dans l’album de Jay-Z, on trouve dans "Stillmatic" des morceaux particulièrement enthousiasmants.
Conscient que sa crédibilité de MC était salement compromise, Nas se livre à quelques exercices de style brillants, histoire de remettre les pendules à l’heure. Dans Rewind, il raconte une histoire en commençant par la fin. Le morceau, inspiré par le film "Memento", mériterait d’avoir une version "forward" pour mieux en saisir les subtilités : "The smoke goes back in the blunt, the blunt gets bigger in growth, Jungle unrolls it, put his weed back in the jar, the blunt turns back into a cigar. We listen to Stevie, it sounded like heavy metal fans, spinnin records backwards of AC/DC". Il met également son flow à l’épreuve dans 'One Mic', en le faisant monter en intensité suivant l’évolution du beat. L’instru, tour à tour planante et nerveuse, est une réussite, produite par Chucky Thompson, qui y reprend les percussions de 'In the air tonight' (Phil Collins). Sans doute le meilleur track de l’album. Il est également à la console pour 'Smokin’', mais propose cette fois un son de clavecin en plastique plutôt dispensable.
L’élaboration de cet album a dû se faire dans la douleur, Nas faisant souvent référence à son passé, à la gloire et ses désillusions, ainsi qu’à ceux qui ont voulu sa chute. Noyé sous les critiques, il décide de faire le ménage. Dans 'Got ur self a…', il balance un égotrip ultra-efficace sur une instru entêtante de Megahertz, qui réussit à mêler synthétiseur, boucle de piano et guitares. Après Jay-Z, il continue son opération "fermeture de gueules" dans 'Destroy and Rebuild', où il taille à l’affilée Cormega, Prodigy et Nature. L’instru brille par sa simplicité et la puissance du beat, et on regrette presque qu’elle n’ait pas été utilisée pour 'Ether'. Mais Nas ne se contente pas de répondre aux attaques, il se remet également en question, notamment dans You’re da man : "it's funny I once said... If I, ever make a record, I take a check and put something away for a rainy day to make my exit, but look at me now, ten years deep, since the project bench with crack in my sock sleep, I never asked to be top of rap's elite, just a ghetto child tryna' learn the traps of the streets".
Seul problème de Nasir Jones : il ose encore les grands écarts les plus improbables. On le sent tiraillé entre ses personnages de Nasty Nas et Nas Escobar : d’un côté, il murmure "fuck the cars, fuck the jewelry" dans 'One Mic', et de l’autre il ne peut s’empêcher de s’auto-niveller vers le bas avec 'The Flyest' ou 'Braveheart Party'. C’est le principal bémol de cet album, Nas est une contradiction ambulante, à la fois prêcheur moraliste et super-thug écervelé. Par ailleurs, il n’est pas encore tout à fait guéri de ses vieux démons : faisant parfois preuve d’humilité, il peut par la suite multiplier les images bibliques et les références à Tupac ("Me and pac were soldiers on the same struggle"). On doute alors de la spontanéité de sa démarche, et à l’écoute de 'Rule' (une sympathique-mais-facile reprise de Tears for Fears), on constate que l’album devrait plutôt se nommer…Nastramatic.
Les productions de Megahertz et Swizz Beats font figure d’exception sur l’album. Pour la majorité des instrus, le sample prédomine, en partie grâce aux old timers déjà présents dans "Illmatic" : égal à lui-même, DJ Premier fait du DJ Premier dans '2nd Chilhood', très bon titre low-tempo dans lequel Nas évoque l’irresponsabilité des habitants du ghetto. Large Professor produit quant à lui le beat old schoolesque de 'Rewind' et l’excellent 'You’re da man', avec son sample de violons séquencé. Les cordes de 'The flyest', 'My country', 'What goes around', et 'Every Ghetto', s’accordent parfaitement avec la voix du MC, qui retrouve sa plume acerbe envers l’Amérique : "The China-men built the railroad, the Indians saved the Pilgrim, and in return the Pilgrim killed 'em, they call it it Thanksgiving, I call your holiday hell-day, cause I'm from poverty, neglected by the wealthy" ('What goes around').
En faisant abstraction de la charge historique de son premier album, Nas fait un come back réjouissant avec "Stillmatic". En évitant presque tous les écueils inhérents à ses précédents albums (featurings forcés, instrus transgéniques), il réussit enfin à livrer un album varié et plutôt cohérent, prouvant ainsi que le MC légendaire qui sommeillait en lui depuis sept ans n’a pas encore disparu. "Stillmatic" compte suffisamment de réussites pour plaire à la fois au nostalgique le plus borné et au fan de rap New-Yorkais le plus hype. Cependant, Nas doit encore élever le niveau pour retrouver son aura d’antan, et on espère que ce retour gagnant n’est pas qu’un simple feu de paille destiné à impressionner ses détracteurs.

Re: Nas
FROM ILLMATIC TO STILLMATIC EP : THE REMIXES

Artiste : Nas
Date de sortie : 2 Juillet 2002
Label : Columbia
Tracklist :
01. Life's A Bitch (Arsenal Mix)
02. One Love (LG Main Mix)
03. It Ain't Hard To Tell (Remix)
04. Street Dreams (Remix)
05. Affirmative Action (Remix Edited Version)
06. One Love (Remix Clean)
Critique :

Re: Nas
THE LOST TAPES

Artiste : Nas
Date de sortie : 24 Septembre 2002
Label : Columbia
Tracklist :
01. Doo Rags
02. My Way
03. U Gotta Love It
04. Nothing Lasts Forever
05. No Idea's Original
06. Blaze A 50
07. Everybody's Crazy
08. Purple
09. Drunk By Myself
10. Black Zombie
11. Poppa Was A Playa
12. Fetus (Belly Button Window) (Bonus Track)
Critique :
Sorti en 2002, le projet "The Lost Tapes" est une compilation de titres enregistrés par Nas de 1998 à 2002, c’est-à-dire entre l’enregistrement de"I am...", son troisième album, et "Stillmatic", son cinquième. Les onze morceaux de ce disque (douze en comptant la piste cachée) sont donc des inédits, du moins sur le circuit commercial, car la plupart avaient pu être entendus par les fans sur différentes mix-tapes new-yorkaises.
La qualité parfois douteuse de certains titres de "I am...", "Nastradamus" ou "Stillmatic" avait de quoi laisser songeur quant à ce que pouvaient valoir ces "Lost Tapes". Si Nas n’avait pas jugé bon de placer ces titres sur ses albums, n’allait-on pas se retrouver face à des chutes de studio sans intérêt ?
Et bien non. Malgré la volonté purement mercantile d'un tel concept, à peine camouflée par un petit texte dans le livret présentant la compilation comme un cadeau offert aux fans et ayant pour unique but de répondre à une "incredible street demand", Nasir Jones ne se fout pas du monde. Bien au contraire. On est loin des horribles 'We will survive', 'Dr Knockboot', 'Big Girl', 'You owe me' et autres 'Braveheart Party'. De par son contenu, "The Lost Tapes" ne vise pas le public radio dopé aux gros singles. A l’écoute de cette compilation, on est même tenté d’affirmer qu’elle représente le projet de Nas le plus proche de "Illmatic". Le Nas que l’on retrouve ici est à des lieues du mafioso mégalo de pacotille Nas Ecobar et de Nastradamus, le prophète des cages d’escaliers. Ca n’est pas non plus le Nasty Nas qui avait rendu accro plus d’un auditeur en 1994. C’est Nasir Jones, l’homme, qui rappe ici.
Celui-ci s'affirme à travers des textes souvent introspectifs, mêlant souvenirs personnels et messages adressés à l’ensemble de la communauté noire américaine. Avec cette écriture par succession d’images toujours aussi fascinante et percutante, Nas dépeint l’atmosphère des années 1980 sur 'Doo Rags', se rappelant des vieux jours à la manière de Raekwon et Ghostface, tout en critiquant l’armée et la situation des Noirs dans la société américaine. Dans 'My Way', il rend un hommage émouvant à son ami Ill Will tué sous ses yeux tout en s’interrogeant sur son succès ("Never knew murder ‘till I seen my man get poped. No blood soaking, laying there, eyes still open. I got a little closer, put my hand in his palm. He was looking right through me, staring beyond. I wonder what he saw: the limoes, movies and tours? Did he die in vain and represent for the cause? Now I put his name on everything I’m involved…"). 'Poppa was a playa' est l’occasion de rendre hommage à ses parents sur la boucle d’Eddie Kendricks déjà utilisée par Akhenaton sur son célèbre 'Bad Boys de Marseille'. 'Fetus', le morceau caché, est, comme l’indique le titre, le récit des quelques mois passés dans le ventre de sa mère.
On trouverait difficilement des reproches à faire à Nas sur le plan technique. Sa voix est toujours aussi agréable à écouter, reconnaissable entre mille, son flow s’adapte à tous les types de tempos, des plus lents au plus rapides. Son écriture, relayée à la perfection par son flow et sa capacité à faire passer toutes sortes d’émotions au travers de sa voix, se fait tantôt amusante ('Fetus') tantôt tragique ('My way'), tandis que ses intonations traduisent l’énervement ('Blaze a 50'), l’ivresse('Drunk by myself') ou la résignation ('Nothing Lasts Forever'). "The Lost Tapes" démontre une fois de plus que Nas est l’un des tous meilleurs emcees américains, donc du monde. Il lui suffit juste de poser sur de bons instrus.
Et là encore "The Lost Tapes" surprend. On s’attendait à quelque chose d’incohérent, de décousu. Des producteurs très différents les uns des autres, des morceaux datés de 1998 à 2002. Les albums de Nas étant rarement homogènes, le résultat risquait ici d’être calamiteux. Mais il n’en est rien. La plupart des morceaux dégagent une impression de mélancolie, dans les thèmes traités comme dans les choix d’instrumentaux, rappelant 'Memory Lane' par leur atmosphère générale. Nas semble se plaire à rapper ses souvenirs et états d’âme sur quelques notes de pianos, que celles-ci soient l’œuvre de Precision, Alchemist ou L.E.S. Mais samples de pianos et de cordes sont aussi utilisés pour des morceaux plus énergiques comme sur 'Blaze a 50', 'Black Zombie' ou 'Everybody’s crazy'. Sans rien avoir d’exceptionnel, ses instrus ont le mérite de coller parfaitement au propos de Nas et de rester simples, ne venant pas parasiter son rap. La seule déception de cette compilation provient de la prod de 'No Ideas Original' signée Alchemist, recyclant un gros sample du 'I'm gonna love you just a little more babe' de Barry White. Mention spéciale pour l’auteur du beat de 'Fetus', tout simplement parfait.
Plus qu’une simple compilation, "The Lost Tapes" s’avère être, après "Illmatic", la meilleure introduction possible à l’œuvre de Nas. Cette compilation, plus cohérente que certains albums de Nasir Jones, est, même s'il peut sembler étrange d'affirmer cela, son deuxième meilleur disque. Au fil des écoutes il se révèle même envoûtant.

Re: Nas
GOD'S SON

Artiste : Nas
Date de sortie : 17 Décembre 2002
Label : Columbia
Tracklist :
01. Get Down
02. The Cross
03. Made You Look
04. Last Real Nigga Alive
05. One Out (Feat. The Bravehearts)
06. Hey Nas (Feat. Claudette Ortiz)
07. I Can
08. Book Of Rhymes
09. Thugz Mansion (N. Y.) (Feat. 2Pac & J. Phoenix)
10. Mastermind
11. Warrior Song (Feat. Alicia Keys)
12. Revolution Warfare (Feat. Lake)
13. Dance
14. Heaven (Feat. Jully Black)
Special Edition CD :
01. Thugz Mirror (Freestyle)
02. Pussy Killz
03. The G. O. D
Critique :
Que ferais-tu, Nasir Jones, si tu gouvernais le monde (imagine ça) ? Il y a dix ans, on t’en aurait remis toutes les clés sans crainte, sûrs que tu nous l’aurait transformé en… peu importe quoi, on te faisait confiance ; n’étais-tu pas celui qui, à 19 ans, savait faire jaillir comme personne des fleurs barbelées hors du bitume des projects de Queensbridge ? On comprit rapidement, hélas, ce que tu aurais vraiment fait, alors : plus Kabila que Mandela, tu t’en serais mis plein les fouilles, costards croisés sur mesure et putes de luxe aux deux bras, ton sourire cynique d’enfant prodige en guise de manifeste renégat. La légende ne paie pas mes fringues, semblais-tu dire à chaque nouveau CD, et on te crut : rapidement, on ne se força plus à y rechercher le souvenir de tes foudroyants débuts. On passa à autre chose. Le problème, pauvre Nas Escobar, était que le monde aussi, passa à autre chose, te laissant, toi qui te rêvais roi, seul avec tes rêves de grandeur illusoire. Au milieu des décombres de ta Firme, tu compris que tu devrais te battre. Salement, comme à tes débuts. Alors tu défias Jaÿ-H.O.V.A. Ce qui n’était pas le geste le moins cynique que tu pouvais faire (tu es bien trop conscient de l’histoire de cet art pour savoir que, dans le hip-hop, les gains -et les risques- d’une battle sont à la mesure du défi lancé). Un peu plus d’un an après l’auto-revivaliste Stillmatic, qui suivit l’ouverture des hostilités à l’été 2001, God’s son est donc le deuxième volet -et demi, si l’on compte les récentes Lost tapes- de ta tentative pour (re)conquérir ce titre de King of NY que t’a ravi Jay-Z, après Notorious BIG. Les battles récentes n’ayant pas véritablement convaincu par la qualité discographique des coups échangés (où es-tu Canibus ?), on est content de constater que celle-ci aura plutôt haussé le niveau qualitatif du rap mainstream de Gotham City, puisqu’elle nous aura déjà donné les deux Blueprint du côté de Jay-Z et deux LPs acceptables du côté de Nas. Sans égaler le glorieux Illmatic, God’s son poursuit sur cette lancée honorable, en élevant encore un peu le ton.
Comment interpréter autrement, en effet, ce geste évidemment plein de sens qui fait commencer cet album par un rappel aux Evangiles du break (Funky drummer puis, deux titres plus loin, l’Incredible Bongo band), comme au bon vieux temps du Bomb Squad et de West Sreet Mob ? Ajouté à ce titre en forme d’ego-trip ultime (le fils de Dieu, rien que ça), le message est clair : il n’y a qu’un Messie du rap à NY, et je suis celui-là, depuis le début. De fait, Nas n’a pas choisi dans sa rivalité avec Jay-Z d’avoir recours aux modernes sorciers du son : pas de names derrière la console (The Alchemist, plutôt endormi, et Eminem, assez convaincant sur un titre, n’ayant pas le crédit d’un Large Professor, ou a fortiori d’un Primo ou d’un Dre), et des sons résolument classiques, tendance 1988, là où les syncopes robotiques de Timbaland emmènent Jay-Z en 2008. Ce qui fait de God’s son le complément parfait de Blueprint 2 dont il emprunte d’ailleurs les travers : même dispensable reprise post-mortem de 2Pac Shakur, mêmes coupables facilités (c’était My way chez Jay-Z, c’est la Lettre à Elise (!) ici sur I can), qui malgré tout n’altèrent qu’à la marge l’efficacité d’ensemble du produit. Car, si Jay-Z a réussi son pari du double CD, God’s son gagne en punch ce qu’il perd en quantité : entamé (funky) tambour battant avec ce Get down à l’état d’esprit très NY, l’album dévoile un Nas menaçant et sûr de lui, qui domine véritablement son sujet (et tant pis si ce sujet ne vole pas toujours très haut -le plus souvent à hauteur de son nombril), empilant sans baisse de tension une belle série de pavés narcissiques, de Last real nigga alive à Hey Nas avec Kelis et Claudette Ortiz… De fait, si les morceaux purement hip-hop sont carrés et, malgré un léger assoupissement au milieu, efficaces, il faut surtout souligner l’excellente tenue des morceaux les plus R&B. Ouvert sur les syncopes des JBs, le LP se clôt ainsi sur un remarquable Heaven, featuring Jully Black, à la chaleur organique tout droit sortie des nuits de Soulsville, USA.
En résumé, donc : Jay-Z / Nas : égalité, la partie continue. Et si ce match de (presque) trentenaires vous rappelle, par exemple, le mano a mano des Cure et de U2 dans les années 80, ou des Stones et de Led Zeppelin dans les années 70, ce n’est certainement pas un hasard. Et ce n’est pas très bon signe quant au degré de fraîcheur subculturelle du rap

Re: Nas
ILLMATIC : 10 YEAR ANNIVERSARY PLATINUM SERIES

Artiste : Nas
Date de sortie : 30 Mars 2004
Label : Columbia
Tracklist :
01. The Genesis
02. N. Y. State Of Mind
03. Life's A Bitch
04. The World Is Yours
05. Halftime
06. Memory Lane (Sittin' In Da Park)
07. One Love
08. One Time 4 Your Mind
09. Represent
10. It Ain't Hard To Tell
Special Edition CD :
01. Life's A Bitch (Explicit Remix)
02. The World Is Your (Explicit Remix)
03. One Love (Explicit Remix)
04. It Ain't Hard To Tell (Explicit Remix)
05. On The Real
06. Star Wars
Critique :
Voir ci-dessus...

Re: Nas
STREET'S DISCIPLE

Artiste : Nas
Date de sortie : 30 Novembre 2004
Label : Columbia
Tracklist :
CD 1
01. Intro
02. A Message To The Feds, Sincerely, We The People
03. Nazareth Savage
04. American Way (Feat. Kelis)
05. These Are Our Heroes
06. Disciple
07. Sekou Story (Feat. Scarlett)
08. Live Now (Feat. Scarlett)
09. Rest Of My Life
10. Just A Moment (Feat. Quan)
11. Reason (Feat. Emily)
12. You Know My Style
CD 2
01. Suicide Bounce (Feat. Busta Rhymes)
02. Street's Disciple (Feat. Olu Dara)
03. U. B. R. (Unauthorized Biography Of Rakim)
04. Virgo (Feat. Ludacris & Doug E. Fresh)
05. Remember The Times (Intro)
06. Remember The Times
07. The Makings Of A Perfect Bitch
08. Getting Married
09. No One Else In The Room (Feat. Maxwell)
10. Bridging The Gap (Feat. Olu Dara)
11. War (Feat. Keon Bryce)
12. Me & You (Dedicated To Destiny)
13. Thief's Theme (Bonus Track)
14. Thief's Theme (Bonus Track) (Feat. Rising Son)
Critique :
Chronique très particulière parce que je vais parler à la première personne, en l'occurence moi. Comme tout le monde, je me demandais si un jour Nas allait ressortir un classique de la trempe d' 'IllMatic'. 'It Was Written' était vraiment bon, 'I Am...' et 'Nastradamus' avait une connotation un peu bling bling et 'StillMatic' était son album du renouveau. 'God's Son' était assez particulier et inégal même si c'était un sacré gros disque aussi. Il faut dire que le decès de la mère de Nas y était peut-être pour quelquechose.
L'excitation a commencé à me prendre quand je faisais quelques revues de presse ainsi que des commentaires de forumeurs, surtout quand la plupart qualifiait 'Street's Disciple' comme son second classique. Rarement la presse a été aussi élogieuse concernant ce disque depuis que Nas s'est remis les idées en place avec ses deux derniers albums. L'envie de me le procurer a été cumulée aussi avec l'attente de la surprise (un disque pareil ne se télécharge pas hein! question de principes), je me sentais carrément obligé d'avoir ce double disque entre mes mains. Maintenant c'est chose faite et j'ai une intime impression d'être comblé.
En lisant le livret, j'ai surtout maté les crédits et en particulier les samples utilisés : Barry White, Isaac Hayes, James Brown, Run DMC, George Clinton, Earth Wind & Fire, Marvin Gaye... La production de l'album se partage principalement entre Chucky Thompson et Salaam Remi, deux producteurs à surveiller de très très près à l'avenir. Pour le reste de l'inspiration de Nas, fervant élève de la rue et du Hip Hop, il faut chercher chez les Kool G Rap, Big Daddy Kane, MC Shan, Marley Marl et j'en passe... Ce n'est pas Nas, ni Nasty Nas, ni Nastradamus, ni Nas Escobar, ni le God's Son qui rappe, c'est Nasir Jones qui rappe. Rien que de penser ça, je commençais à manquer sérieusement de patience et j'ai passé toute ma fin de soirée à l'écouter.
Disque 1: Une intro qui perpétue cet intense suspens jusqu'à ce que "Message To The Feds, Sincerely, We The People" démarre, et là déjà je sens que 'Street's Disciple' va dépasser tout ce que j'ai pu imaginer. L'écoute se poursuit avec "Nazareth Savage", une oreille sur le beat et l'autre sur les lyrics. Je bloque ensuite sur un morceau complètement dingue: "American Way". N'ayez franchement pas peur du featuring de Kelis d'abord, la production de Q Tip reprenant un sample de George Clinton ("Atomic Dog") rend la chanson presque dansante. Ensuite c'est deux tueries qui prennent le relai, à commencer par le très grand "Disciple" rejouant "Road To The Riches" de Kool G Rap. Quel moment! La 2e c'est "These Are Our Heroes", produite par Buckwild, que s'avère en fait une critique assez réaliste de l'influence du Hip Hop sur d'autres domaines indirectement liés au rap (sport, cinéma...). Enchaînement sur deux autres morceaux atypiques ("Sekou Story" et "Live Now") avec un featuring de Scarlett... qui n'est qu'en faite Nas mais avec une voix féminisée! Pas de craintes à avoir non plus, l'illusion est parfaite. La fin du disque se cantonne dans des morceaux plus calmes avec des superbes samples, trois chansons (et je retiens surtout "The Rest Of My Life" et "Reason") produites par L.E.S qui cloturent ce 1er disque en beauté, et on reste toujours attentif au discours de Nas (pour les plus anglophones d'entre nous).
Peut-être que ce sont de bêtes paroles mais j'oserai simplement dire que rien que ce disque m'a suffit pour faire revigorer en moins le passionné de Hip Hop que je suis. Il surclasse presque toutes les sorties rap de cette année! Maintenant on va me dire que le 2e disque, c'est juste histoire de doubler la durée de vie de 'Street's Disciple', que nenni, il est aussi bon... Bon certes, c'est un peu relou de changer de CD dans la chaine hi fi à chaque fois mais pour 1h30 de plaisir, on va pas faire chipoter sur ce détail. En tout cas le Eminem n'a pas fait long feu, le bouton 'eject' prend tout son sens. C'est le moment aussi de remarque que les BraveHearts n'interviennent pas sur ce disque (et c'est tant mieux!) mais pas de traces d'AZ (ça c'est bien dommage).
Disque 2: Wow, alors là je dis 'wow' : "Suicide Bounce" feat Busta Rhymes (produite par Nas himself) est énormissime et puissante. "Street's Disciple" se passe de commentaires, je ne sais pas quoi en dire en fait. Le nom de "U.B.R. (Unauthorized Biography of Rakim" m'a interpellé: c'est une immense dédicace à tous les grands noms du Hip Hop qui ont rencontré le chemin de Rakim! Et le prochain serait KRS-One... Un autre grand moment de 'Street's Disciple', "Virgo" avec Doug E Fresh au beat box et un Ludacris enfin reconnu pour ses talents de rappeur. Les tracks suivantes parlent de femmes, et avec style. L.E.S. est de nouveau sollicité à la prod (sur "Remember The Times" notamment). Pas les meilleures chansons mais encore une fois je vous rassure, c'est du gros. "Getting Married" est une sorte de métaphore pour comparer l'amour qu'à Nas pour le Hip Hop, un art dont le rappeur a toujours excellé. Maxwell vient apporter une touche soulful et avec classe sur le dansant "No One Else In The Room", agréable en soirée. Mais le must c'est bien évidemment "Bridgin The Gap" avec son père Olu Dara, où Nas va chercher encore plus loin dans ses origines musicales en injectant un blues des plus efficace. Ironie et easy listening sont les paradoxes de "War", qu'il faudra que je réécoute plus en profondeur. On en finira avec sa chanson dédiée à une des autres femmes de sa vie, sa fille Destiny (sur "Me & You").
Bonus: Et oui, les surprises encore avec "You Know My Style" qui sample allégrement les Run DMC. On n'attendait pas ce morceau! Le second s'agit de "Thief's Theme", une autre bombe qui augurait cet été le retour de Nas dans une forme impeccable.
Nas le 'Street's Disciple' a dépassé toutes mes espérances. C'est un disque unique où le rappeur de QB nous bluffe totalement autant sur le côté créatif que artistique. Nas a réussi là où Jay-Z a échoué avec 'The Gift & The Curse' : 'Street's Disciple' se classe très facilement entre 'Life After Death' de Notorious BIG et 'All Eyez On Me' de 2Pac dans le classement des meilleurs double-albums de rap jamais sortis. Chapeau bas Nasir Jones... Il remonte beaucoup dans mon estime. Maintenant je me dis que ce qui pourrait surpasser ce disque, ça serait un album duo avec Jay-Z pourquoi pas. Soyons fous... Il n'est même plus vraiment question de parler de King Of NY je crois, Nas règne simplement en maître sur New York désormais, Nas est grand, très grand. 'Street's Disciple' est la meilleure sortie de l'année 2004 toutes catégories confondues et de surcroit, je confirme personnellement l'authentification de ce nouveau classique. On en entendra parler très longtemps je vous l'assure...

Re: Nas
STREET'S DISCIPLE II : FOURTEEN SONGS

Artiste : Nas
Date de sortie : 15 Mars 2005
Label : Columbia
Tracklist :
01. American Way (Explicit Album Version)
02. These Are Our Heroes (Explicit Album Version)
03. Sekou Story (Explicit Album Version)
04. Live Now (Explicit Album Version)
05. Just A Moment (Explicit Album Version)
06. Reason (Explicit Album Version)
07. Suicide Bounce (Explicit Album Version)
08. Street's Disciple (Explicit Album Version)
09. U. B. R. (Unauthorized Biography Of Rakim) (Explicit Album Version)
10. Virgo (Explicit Album Version)
11. Bridging The Gap
12. War (Explicit Album Version)
13. Getting Married (Explicit Album Version)
14. No One Else In The Room (Explicit Album Version)
15. Me & You (Dedicated To Destiny) (Explicit Album Version)
Critique :
Pas de critique a faire, mais juste pour dire que cet album reuni les 14 meilleures tracks de Street's Disciple...

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